lundi 2 mars 2020

Onawa Asobi (2)

Dimanche 23 février 2020


Le dimanche nous voit revenir au Shibari Lounge, bien à l'heure cette fois, car nous ne voulons rien manquer. Les shows vont s'enchaîner dans un crescendo tourbillonant...

Tout d'abord deux jeunes femmes venues de Grèce, WisDomme et sa modèle Psychopis. La connexion semble un peu tarder à se mettre en place, car Psychopsis a l'air un peu crispée...Tout au long de la performance, WisDomme arborera un sourire épanoui, qui paraît forcé à mes amis, tandis que pour moi, il est émouvant, traduisant le plaisir de la jeune femme à attacher son modèle. Comme quoi, d'une personne à l'autre, les ressentis diffèrent...

Le show suivant me bouleverse profondément...Gentleties, un attacheur belge et sa partenaire EveHill (Hollande) n'ont que quelques années de pratique. Ce qu'ils font n'est pas particulièrement spectaculaire, une semi-suspension par le TK et un futumomo, Mais on sent entre eux une immense complicité, et beaucoup d'amour...On a l'impression d'assister à un moment intime et magique... Cela me donne des idées que je brûle de mettre rapidement en pratique sur mon habituelle victime consentante...

Puis Shibarista Jess nous annonce que la team japonaise a décidé de nous faire une surprise, pour pallier la défection inopinée de l'un des couples prévus au programme...Fuuka attend sagement sur la scène quand entre Yoi-San. Sans ménagement, celle-ci entreprend de la mettre dans la confusion la plus complète. C'est drôle et charmant, et toute la salle rit de bon coeur quand la jeune fille souffle plusieurs fois la flamme des bougies dont la cire doit lui couler dessus, ou quand l'attacheuse lui demande si elle peut lui faire "kouli kouli" c'est à dire lui pincer les tétons, ce qu'elle fait quelle que soit la réponse...Puis elle offre aux yeux des spectateurs les deux hémisphères dénudées de sa "victime" et donne à deux d'entre eux l'extrémité des cordes qui reposent sur le joli postérieur,en leur enjoignant de s'amuser avec...On imagine bien la honte de la pauvre Fuuka qui ne peut voir ce qui se passe...Et les deux "bourreaux" improvisés de s'amuser à faire claquer les cordes sur les lunes pâles..Nuit de Tokyo se charge de la traduction, ce qui rend le discours de Yoi nettement plus compréhensible...Un show enlevé et drôle, qui fait rire de bon coeur toute la salle.

On nous annonce ensuite que Marc Beshibari va attacher celle qui fut le dernier modèle de Yukimura, Akane...Mais surprise, c'est Shibarista Jess qui entre en scène alors que Akane attend, et commence à attacher de manière délicate, presque protectrice.Très vite, Marc prend le relais et les figures s'enchaînent... Les larmes d'Akane coulent sur son visage, ce qui est toujours surprenant pour les européens (en tout cas pour moi, qui sourit toujours dans les cordes...), sans que l'on sache si elle a vraiment honte ou s'il s'agit d'une sorte de code...C'est du semenawa authentique et virtuose...Si les larmes viennent à nos yeux, c'est parce que le spectacle est d'une profonde beauté...Vraiment hypnotisant, et d'ailleurs il règne un silence quasi-religieux dans la salle...

Vient ensuite le tour de Jac Fabian et de Tina, tous deux venus du Danemark (du monde entier, vous dis-je :) ). Carole retiendra surtout le TK monté à 4 brins d'un seul coup et la figure inversée qui ressemble à celle que nous avons réalisée la veille pendant la jam.  Il est vrai que je n'ai jamais vu personne faire cela, et surtout aussi vite....Une belle maîtrise pour un show qui  ne laisse guère de répit à  la modèle, dont le rigger s'éloigne parfois pour la contempler avant de revenir....

Puis c'est  Bingo Shigonawa, star parmi les attacheurs japonais qui entre en scène pour une session "gômon nawa"* (c'est le mot que je crois comprendre), c'est à dire semenawa en pire. "Semenawa" ce sont déjà "les cordes qui torturent", alors je ne sais comment traduire "gômon nawa" mais l'illustration en live va se révéler très parlante... Sa modèle est une jeune française, TatyAna, que je sais très masochiste. Elle arrive tenue en laisse par Bingo, entravée dans une camisole de force en vinyle crème et la tête couverte d'une cagoule assortie de la même matière, où l'on distingue à peine les deux trous qui lui permettent de respirer....C'est impressionnant, surtout pour moi qui ne supporte pas qu'on me mette quoi que ce soit sur la tête. TatyAna gardera la cagoule un long moment tandis que Bingo l'attache et l'on voit le fin tissu se coller à sa bouche tandis qu'elle cherche sa respiration. Tout est spectaculaire, et le public retient son souffle...Quand il défait la camisole, c'est pour mieux la plaquer au sol et l'enserrer dans le TK, une autre forme d'entrave, qui ne semble pas moins dure. Puis vient la suspension, et l'inversé total, les jambes écartées, et tirées de plus en plus haut en arrière, la pliant selon un angle improbable....Il allume des bougies et laisse couler la cire de ses chevilles à son sexe, la flamme semble lécher la peau...On l'entend gémir et on devine tout de même qu'il n'y a pas de "faire-semblant" dans ce jeu-là....Il finit par la redescendre mais ne cesse pour autant de la tourmenter.....Le fouet claque durement sur son ventre, par trois fois...La tension dans l'air est palpable, le silence lourd d'émotion....TatyAna défie Bingo d'un sourire, un sourire intense qui le remercie de l'avoir emmenée si loin... C'est sans doute le show le plus dramatique,  une véritable apothéose pour ce week-end magique....

Puis ce sera pour finir le tour d'Asiana, attacheuse hollandaise d'origine asiatique, et d'une autre modèle française, eurasienne, Alma ou l'Ardeur. J'ai vu Asiana attacher à l'Eurix 2018, et j'avais été totalement conquise par ses cordes, les plus esthétiques de cette manifestation à mon sens. Je retrouve ses gestes précis et sûrs, son sourire et sa grâce. C'est un beau moment qui vient clore en douceur ce week-end intense...

A la clôture du festival, quelques minutes plus tard, Yoi ne peut retenir ses larmes et ne parvient pas à prononcer le discours prévu avant plusieurs minutes...Il me semble que toute la salle partage son émotion, personne n'est indemne de ces moments de communion intense...Et c'est peut-être ce que je retiens le mieux de ces deux jours : une atmosphère particulière, chargée d'énergie positive... Personne n'est là pour soigner son ego ou écraser les autres de sa maîtrise, nous avons vécu des moments de partage, c'est la passion des cordes qui nous a tous réunis en ce lieu, amateurs, professionnels, expérimentés ou débutants...Et c'est peut-être cela la véritable magie....

Nous devons partir vite, car la semaine recommence pour tous trois le lendemain et la route nous attend...A peine le temps d'échanger quelques mots avec les amis et nous voilà partis, les yeux encore pleins d'étoiles et la tête pleine de rêves....Il nous faudra du temps pour redescendre et pour certains, ce ne sera toujours pas fait le lendemain....

Ecrire, c'est aussi fixer le souvenir, les émotions mais les mots sont-ils suffisants pour rendre compte de l'émotion, de l'intensité de ce week-end hors du temps ?

* Merci à Nuit de Tokyo pour la précision linguistique et sémantique éclairante : "Gômon 拷問 c’est la torture au sens de “question” au moyen âge. La racine conceptuelle est la même, mon 問 a le sens tout à fait neutre de poser une question. La douleur impliquée est comprise comme étant une douleur physique
Seme 責め a plus le sens de faire souffrir, mettre dans une position inconfortable et peut être aussi bien physique que psychologique."




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